LA SOPHROLOGIE AUJOURD'HUI

METACONSCIENCE ET DEVENIR.

I- DU DEVENIR DE L'INDIVIDU AU DEVENIR DE LA SOPHROLOGIE.

Par Aziz AMEUR, Psychologue Clinicien
DESS de psychopathologie et de psychologie clinique
Membre de la société française de psychopathologie de l'expression
Membre de l'association internationale de psychologie

L'histoire de l'homme, c'est l'histoire de ses représentations, l'histoire du comment il a donné du sens à sa vie, à son environnement, à l'univers. En philosophie et plus particulièrement depuis Marx, il est devenu connu qu'il y a l'histoire en tant que telle et la conscience de l'histoire ; découle de cette conscience une action sur l'environnement.

Nous nous demandons aujourd'hui si les phénomènes évoluent de manière linéaire ou circulaire. Devenir c'est peut-être la même histoire qui se répète dans des formes différentes, à des époques différentes. Nous faisons référence, ici à la circularité du temps. Le devenir est une question que tout être humain se pose ou se posera de son vivant à partir du moment où il est dans le monde. Nous vivons ce qui est communément appelé " progrès " de manière linéaire et nous vivons le devenir existentiel de manière circulaire.

L'homme ne crée pas et n'invente pas dans l'absolu, il vit des contextes sociaux et culturels qui l'amènent à structurer le réel d'une certaine façon. Il est structuré pour structurer le réel, il ne peut pas ne pas donner et se donner du sens. C'est pulsionnel.
C'est dans cette interaction au milieu qu'il élabore et développe des théories et des idéaux. Il modélise le sujet et l'objet et la relation les reliant. L'étude du sujet éclaire et définit l'objet même si ce dernier n'est pas toujours perceptible physiquement et vice versa. Le vide définit le plein et le plein définit le vide. Nous sommes peut-être arrivés, en ce début de 21° siècle, à ce paradigme de la bouteille mi-vide, elle est en même temps mi-pleine. Elle n'est pas vide et elle n'est pas pleine, que peut-elle être ?

L'homme modélise parce qu'il est habité par l'harmonie et fait l'expérience des paradoxes d'une réalité duale, il vit le manque et l'incomplétude.
Nous n'allons pas étaler, ici, tous les modèles élaborés à ce jour, nous allons plutôt présenter les besoins qui le caractérisent et qui motivent ses élaborations. Nous pouvons résumer phénoménologiquement ces besoins en trois types :

1-Besoins physiques et biologiques
2-Besoins d'estime et de reconnaissance
3-Besoins de donner du sens en lien avec le devenir et la transcendance.

La réponse aux besoins physiques et biologiques a permis par exemple l'accès à de meilleurs abris et à l'amélioration de la sélection de l'espèce, elle a permis aussi l'institution de propriété, du mariage et la structuration des liens filiaux.

La réponse aux besoins d'estime et de reconnaissance a permis par exemple de grandes révolutions culturelles qui ont donné lieu à ce qui est communément admis, aujourd'hui, comme progrès social ou scientifique.

La réponse aux besoins de type III permet de donner du sens à son existence et à l'existence, cela a permis de structurer des philosophies et des systèmes de pensée transcendantaux, ils transcendent la réalité sensible tout en la contenant. Ce sont des systèmes qui se veulent cosmiques et universels.
Et c'est parce qu'ils sont transcendantaux qu'ils ont permis à l'homme de combler un certain nombre de frustrations résultant de la non satisfaction des besoins de type I et II. Sigmund Freud qualifie ces systèmes de " névrose collective " et Karl Marx les qualifie " d'opium des peuples ". Nous pensons, avec le recul d'aujourd'hui, qu'ils ont voulu certainement qualifier l'utilisation qui en a été faite, à une période donnée, dans le continent Europe. Nous ne pensons pas, dans ce contexte de changement paradigmatique, que la globalité de ces systèmes puisse être qualifiée ainsi. La connaissance et la conception du réel sont " contextualisées " dans un milieu déterminé.

La réponse aux besoins de type III se traduit par une phénoménologie consciente et inconsciente de recherche personnelle. Certaines théories considèrent la vie dans ce monde, dans sa totalité et telle qu'elle est, comme une recherche personnelle :

1- La connaissance :

L'homme est en connaissance continue, en croissance perpétuelle. Dans une
relation sujet-objet, nous apprenons de tous les jours, que l'objet soit physique ou humain. Pour Husserl, la conscience est intentionnalité. Pour Rogers, l'homme est un être en expansion, la personnalité doit être saisie dans son mouvement permanent, elle est croissance, développement et maturation.

2- " Le qui suis-je " ? et son corollaire " le pourquoi des choses " ?

Se situe en arrière-plan de la démarche de connaissance, la question identitaire de nos besoins, de nos désirs, de ce que nous voulons. Nous sommes porteur de façon permanente de ce questionnement.
A la fin du 20° siècle, les outils, les moyens pour connaître et se connaître fusent dans tous les sens. Le paradigme est resté naturaliste et déterministe même s'il s'est voulu absolu et universel.

3- Le sens :

L'homme a le pressentiment qu'il y a un sens absolu ou tout au moins permanent aux choses qui " doit " se traduire à un niveau personnel par une sensation de complétude et de sérénité intérieure. Il est structurellement porteur de mal-être et d'angoisse.
C'est par la " conscience " que nous éprouvons ce pressentiment. La conscience, c'est aussi une capacité de synthèse, une capacité qui nous permet de dégager du sens à partir de l'objet paradoxal de la réalité.

4- La recherche du bonheur :

qu'on peut traduire sur un plan profane par " plaisir ", sur un plan plus abstrait
par " reconnaissance " et sur un plan subtil par " paix " et " bien-être ". Aucune définition n'épuise le sujet, mais nous pensons, à la lumière des expériences des uns et des autres, que le bonheur pourrait résider dans " croire ou se représenter que demain est meilleur qu'aujourd'hui ". Dans la psychopathologie de la dépression, nous avons à faire le plus souvent à un avenir en panne.
Nous n'avons pas " réponse " à tous nos besoins et quand il y a réponse, elle ne se produit pas toujours comme attendu, ni dans les délais souhaités. " Se projeter dans un avenir meilleur " permet de finaliser les frustrations du présent dans un but, dans un futur.
Nous pouvons dire que l'homme vit le présent et le rêve aussi. L'idéal communiste par exemple ne s'est jamais réalisé comme tel, mais il a fait progresser le monde vers plus de social et d'égalité. Un idéal s'ajuste au fur et à mesure moyennant changements paradigmatiques. Encore faut-il en avoir un ? La frustration est structurelle.

La sophrologie saura-t-elle répondre aux besoins de l'homme du début 21° siècle et en particulier à son devenir?

Une première réponse sera donnée dans le premier article de la rubrique " Articles scientifiques " du site (II- SOPHROLOGIE, PARADIGME ET FINALITE). D'autres réponses seront développées ultérieurement dans la même rubrique.